Embrasser le conflit

La proposition de ce titre et de cet article, d' »embrasser le conflit » est volontairement provocatrice, surtout si vous êtes dans un état d’esprit de recherche d’apaisement ou de solutions. Je souhaite aborder avec vous aujourd’hui votre capacité à éviter les conflits et l’art d’embrasser les conflits avec maturité.

Eviter ce qui pourrait provoquer de la douleur, éviter les risques, éviter de regarder les choses en face, éviter même les situations inconfortables, sont des inclinaisons-réflexes naturelles.

Que ce soit une bagarre de rue, un conflit latent au bureau, ou de la jalousie masquée, la plupart des gens évitent soigneusement les conflits. Et les conflits latents sont partout présents. Par exemple, pensez aux conflits de territoire et de trajectoire dans le métro, dans la rue, et sur la route. Comment gérez vous ces conflits potentiels ? Est-ce que vous laissez passer les gens qui vous prennent la place, ou qui vous coupent la route ? Est-ce que vous perdez le contrôle en entrant dans  la fameuse « rage routière » (road rage) ?

Que vous réagissiez extrêmement violemment, ou bien que vous vous écrasiez lamentablement, dans les deux cas, votre réaction est immature. Et elle ne vous amènera pas dans une situation que vous souhaitez : dans les deux cas, vous perdez le contrôle.

Gérer le conflit ?

Demandez vous : quelle est la bonne façon de gérer un conflit ?

Dans une négociation diplomatique entre états, l’objectif est d’éviter le conflit, mais le rapport de force reste présent, sous-jacent à toute décision multilatérale. Et l’accord auquel les états parviennent est le résultat de la gestion de plusieurs conflits. Si certains diplomates autour de la table se placent en position d’infériorité, ils ne remporteront pas un accord acceptable.

Dans une négociation commerciale, l’objectif est de parvenir à un contrat, en essayant de faire gagner les deux parties. Le bénéfice n’est pas systématiquement financier, et une bonne gestion des conflits d’intérêt entre acheteurs et vendeurs va permettre d’atteindre un équilibre acceptable entre un prix-produit et une valeur autre.

Dans un « conflit routier », l’objectif est que la circulation reste fluide, même lorsque certains conducteurs tentent de prendre le dessus. Le résultat peut sembler anarchique (allez rouler en Italie, en Grèce ou en Inde !) mais le rapport de force entre conducteurs doit toujours favoriser le passage en restant sur le plan de l’intimidation, un peu comme le font les diplomates négociants : il n’est pas question de s’affronter réellement.

Demandez vous : comment réagirais-je dans chacune de ces trois situations ?

Et surtout, le résultat de votre gestion du conflit serait-il satisfaisant pour vous, pour votre entourage, pour votre entreprise ou pour votre pays ?

Certains conflits sont internes, « intra-personnels », car ils se déroulent à l’intérieur de votre cerveau. Et d’autres conflits sont inter-personnels (entre deux personnes) ou bien sont des conflits de groupe (plusieurs personnes sont impliquées). Chacune de ces situations conflictuelles appellent une « bonne » réponse qui est un juste équilibre entre l’affirmation de soi et l’acceptation de l’autre.

L’image de soi

Vers les autres

Quelle image de vous-même renvoyez vous aux autres lorsque vous louvoyez pour éviter le conflit ? Et si nous inversions les rôles : que faites vous face à quelqu’un qui parait faible, un peu lâche, et qui évite les conflits ? Que provoquent en vous des regards fuyants ?

Quelques mots me viennent à l’esprit : couard, lâche, carpette, faible, mouton, dégonflé, froussard, peureux, poltron …

Vous éviterez ce type de personne, vous avez besoin de temps pour vous, pour vous consacrer à vos propres conflits. Alors pas besoin de ceux d’un autre !

Ou alors, en bon prédateur, face à une proie évitant le conflit, vous prendrez l’ascendant, et vous obtiendrez ce que vous désirez : un contrat avantageux, une négociation avantageuse, etc.

Vers vous même

Quelle image avez-vous de vous même ?

Personnellement, j’ai longtemps cru que j’étais malin … et d’une certaine façon c’est exact : j’avais l’intelligence du renard, mise au service de l’évitement du conflit.

Mais le conflit n’est pas seulement un écueil : c’est aussi un tremplin !

Il sert aussi parfois à purifier, à vider la rage accumulée. Car nous sommes humains, et nous ne faisons pas toujours ce que nous devrions faire rationnellement … Parfois nous accumulons la rancune patiemment. Puis un beau jour, toute la rancune accumulée sort au grand jour, en coup d’éclat atomique, qui peut tout renverser sur son passage !

Un jour un homme m’a dit que j’avais l’ombre du tueur ! Après le choc initial qui a suivi cette déclaration, j’en suis venu à réfléchir : comment éviter les éclats démesurés ? comment maîtriser le tueur en moi, en nous ? Je ne suis pas psychologue, alors je vais surement déformer un peu l’expression officielle, mais je me souviens qu’une psychologue nous avait parlé de ce stade de l’évolution de l’enfant, lorsqu’il est un tueur, lorsqu’il ne considère pas la vie de l’autre comme ayant une valeur. « Maman, je peux tuer ce petit garçon ? ». Heureusement, nous interdisons ce comportement, ces pensées, et nous évitons le chaos sociétal. Mais la pulsion de mort est bien présente, profondément enfouie et réprimée. Avec maturité, gérons cette ombre ! (j’ai un article à venir sur la gestion de nos propres démons).

Pour gérer cette ombre, il faut la connaitre, la mettre en pleine lumière et lui couper ainsi son pouvoir. Pour ne pas laisser l’ombre rageuse du tueur (ou du vengeur, ou du frustré) prendre le contrôle, je pense qu’il suffit de la priver de son carburant qui est le (petit) conflit (quotidien) non affronté.

Ne vaut-il pas mieux affirmer quotidiennement vos préférences ? Ne vaut-il pas mieux affronter le conflit chaque fois qu’il se présente, et le gérer dans l’instant ?

J’aime croire qu’une bonne explication houleuse, ou une bonne empoignade peut éviter des années de souffrances.

Identifiez vos craintes

Reconnaître que vous craignez le conflit (dans certaines situations) est déjà un pas gigantesque. En effet, très souvent les gens gardent cela dans l’ignorance, afin de ménager leur orgueil.

Et pourtant, il est tout à fait justifié dans -certains cas- de craindre une blessure, de craindre le rejet, ou d’éviter les situations inconfortables.

Il est normal d’avoir peur dans certaines situations. C’est sain.

Je vous propose une première étape d’identification des vos craintes, en matière de conflits. Quels sont les conflits que vous évitez ? Qu’est-ce que vous acceptez sans réagir alors que vous bouillez au fond ? Qu’est-ce qui vous révolte, mais que vous taisez ? Qu’est-ce qui vous enchanterait mais que vous n’osez par entreprendre ? Faites une liste.

Identifiez entre 5 et 10 grandes craintes de conflits que vous ne gérez pas.

Quelques exemples :

Pros :

  1. je ne dis pas à mon boss que je n’aime pas sa façon de faire son boulot
  2. je ne cherche pas un nouvel emploi pour éviter de décevoir
  3. j’accepte le comportement irrespectueux de certains collègues, voire de certains directeurs
  4. je supporte mal le bruit que font les collègues dans le bureau, mais je supporte sans rien dire
  5. je rend service, pour paraître gentil (cf. La pathologie du service)

Persos :

  1. je suis gentil(le) avec les nouvelles rencontres, afin de ne pas les choquer
  2. je ne choisis pas de quoi sera faite la soirée avec mon conjoint
  3. j’accepte la baguette brûlée que me tend la boulangère
  4. j’envisage sérieusement de changer de cuisine en sortant du magasin (alors que je n’étais pas là pour ça)
  5. je justifie ma gentillesse en disant que je me sacrifie pour les autres, mais j’ai surtout peur de m’imposer

A vous : identifiez quelques conflits que vous évitez :

Acceptez ces conflits. Ils font partie de votre réalité. Et ne vous blâmez pas ! Acceptez sans jugement : il est normal d’avoir peur.

Et il est possible d’agir malgré la peur. (faites-vous aider sur ce point si vous n’y arrivez pas seul)

A partir de la liste de vos conflits, de ceux que vous évitez, je vous propose d’en choisir un en particulier : un conflit que vous pouvez affronter immédiatement. Choisissez un conflit qui vous paraît maîtrisable dans votre situation actuelle, et attaquez ! Lancez-vous maintenant !

Vivez cette expérience en conscience, en ressentant la symbolique de ce que vous faites (évitement de l’évitement, contrôle de votre ombre, apprentissage et cadeau caché). Puis tirez-en les conséquences, avec honnêteté envers vous-même.

Mot de la fin

Embrasser le conflit va au-delà de gérer un conflit : l’idée ici est d’accepter l’existence quotidienne de plusieurs niveaux de conflits comme faisant partie intégrante de notre nature : conflits internes, conflits de personnes, conflits de groupes. Les conflits sont douloureux lorsqu’ils se déclenchent, mais ils sont inévitables. Acceptez l’existence du conflit et de la douleur qu’il engendre, c’est la vie !

Voici quelques mots qui pourront vous motiver : brave, courageux, audacieux, viril (pour les hommes), vaillant, héroïque, fort.

Faites ce qu’il faut pour qu’on emploie ces mots en parlant de vous.

Et avec votre voix intérieure, parlez vous ainsi : « je suis brave, je suis courageux, je suis audacieux, je suis vaillant, mes actes sont héroïques, je suis fort ».

Je vous souhaite de bons conflits !


 Pour aller plus loin : 

  • Allez voir ou revoir le film « fight club » – Fondez un fight club !
  • Pratiquez un art martial – pas uniquement de la boxe – entrez dans un sport de combat ayant une spiritualité avancée. Comprenez la sacralité du combat.
  • « Apprivoiser son ombre : Le côté mal aimé de soi » – de Jean Monbourquette ; lien Amazon
  • « Tremblez mais osez ! » – de Susan Jeffers ; lien Amazon