Les feux de la rampe

Nasr était un coach très connu, dont la réputation avait fait le tour du monde, ses articles se dévoraient et se commentaient sur tous les sites, les places à ses conférences se vendaient à prix d’or.

Une grande entreprise, très fière, lui fit l’honneur de l’inviter à parler librement devant ses collaborateurs, il accepta, et voici ce qu’il advînt.

Sur la scène d’un immense amphithéâtre, Nasr se présenta devant les centaines de collaborateurs assemblés pour l’occasion. Il vérifia ses marqueurs, la présence à son coté du précieux paperboard (l’outil indispensable du coach), et commença :

« Savez-vous de quoi je vais vous parler aujourd’hui ? »

Et il attendit une réponse …

Un peu interloquée, la salle hésita un instant, puis petit à petit des réponses fusèrent : « non, pas encore », « non ! », « pas du tout ».

Alors Nasr écarta les bras et répondit :

« Alors je pense que vous n’êtes pas prêts pour mon intervention, au revoir ».

Et il sortit de la scène.

Eberlués, les organisateurs ne savaient plus quoi faire, la salle était très échauffée, la direction montrait des signes d’impatience inquiétants … L’un des organisateurs eut une idée : s’avançant sur la scène il prit la parole : « Ecoutez, cela arrive avec ces intervenants un peu star, il faut les ménager et parfois leur dérouler le tapis rouge. Nous allons lui répondre que nous savons de quoi il voulait parler, et ainsi ménagée sa susceptibilité, il acceptera de nous parler » ; la salle marqua son assentiment, et l’on courut rattraper Nasr avant qu’il monte dans son taxi.

Et il accepta de revenir.

Nasr se présenta à nouveau devant les centaines de collaborateurs, il vérifia ses marqueurs, la présence à son coté de son précieux paperboard (je vous ai déjà dit que c’était l’outil indispensable du coach ?), et commença :

« Savez-vous de quoi je vais vous parler aujourd’hui ? »

Et il attendit une réponse …

Alors la salle, préparée, répondit : « Oui », « Oui nous le savons », « bien sûr », « nous sommes prêts », etc.

Alors Nasr écarta les bras et répondit :

« Alors si vous savez de quoi je vais parler, mon intervention n’est pas utile, au revoir ».

Et il sortit de la scène.

Cette fois la salle explosa, les membres de la direction se levèrent et débattirent vivement sur les suites à donner à ce fiasco, et le comité d’organisation était uniformément livide.

L’un d’eux, qui avait décidément beaucoup de ressources, trouva une nouvelle idée ; il apaisa un peu tout le monde et proposa la chose suivante : « Ecoutez, donnons-lui encore une chance, nous allons partager la salle en deux : certains répondront « oui », et d’autres « non », ainsi il ne pourra plus s’esquiver, essayons ! ». La salle marqua son assentiment, et l’on courut rattraper Nasr qui était déjà monté dans son taxi.

Et il accepta de revenir.

Nasr se présenta à nouveau devant les centaines de collaborateurs, il vérifia ses marqueurs, la présence à son coté de son précieux paperboard (je vous en ai parlé, n’est-ce pas ?), et commença :

« Savez-vous de quoi je vais vous parler aujourd’hui ? »

Et il attendit une réponse …

Alors les réponses vinrent de partout dans la salle : « oui je sais », « non je ne sais pas », « oui ! », « non pas encore … », etc.

Alors Nasr écarta les bras et répondit :

« Alors ceux qui savent vous expliquez à ceux qui ne savent pas, je vous remercie et au revoir ».

Et il sortit de la scène, et alla enfin prendre son taxi…

 

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