Il est statique votre « Moi » ?

Des aveugles touchant une partie de l'éléphant sont persuadés d'une réalité
Le doute philosophique

Voici une réflexion qui me taraude depuis quelques temps. Est-ce que mon identité, mon « Moi » est une chose statique ? Je vous soumets cette réflexion, car je trouve qu’elle ouvre une perspective formidable.

Le bon rôle

Notre société est composée de normes, de lois, de valeurs communes. Nous enseignons à nos enfants, des matières de bases qu’ils doivent étudier pour avoir leurs diplômes, une sorte de cadre commun à chaque personne de cette société.

Ensuite, après ses écoles, chacun part trouver un travail en fonction de ses études. Et plus vous avez un lourd bagage de diplômes, plus votre carrière est orientée. Nous finissons par devoir nous adapter à un certain mode de vie, à certaines activités, mais nous le faisons avant d’avoir appris à nous connaître nous-mêmes.

Jamais pendant votre parcours dans l’enseignement vous n’avez appris à « lire en vous ». Ce que vous aimez faire, ce qui vous touche, comment vous souhaitez donner un sens à votre vie, jamais ces sujets ne deviennent vos sujets principaux. Peut-être un peu dans la classe de philo, mais vous savez comme moi combien cet enseignement est limité dans le temps et contraint par un programme lourd …

Et, chacun méconnaissant ses aspirations profondes, nous entrons tous dans un rôle qui pourrait très bien ne pas être bon pour nous. J’en arrive à une première question que je vous soumets :

Votre rôle professionnel est-il le bon pour vous ?

Si votre emploi est nocif pour vous, sa nocivité peut provoquer de nombreux symptômes (que je ne développe pas ici, mais pensez à ce que vous observez autour de vous : maladies chroniques, RPS, dépressions, burnouts, sabotages de carrière, etc.).

Rechercher la paix

Si vous avez déjà fait un constat d’inadéquation (même partielle) entre qui vous êtes et votre rôle professionnel, alors vous avez probablement cherché des solutions, et c’est la route que j’ai également emprunté depuis bientôt dix ans.

Les pages d’Amazon comme les étals des libraires regorgent de titres prometteurs, qui vous laissent entrevoir la possibilité d’une sérénité ici, maintenant, et tel que vous êtes. Et ces publications se renouvellent continuellement, car c’est apparemment une manne intarissable que le marché du « bien-être ».

Ces titres sont très intéressants, et ils nous entraînent à une profonde réflexion sur qui nous pensons être, et qui nous souhaitons être. Nos désirs sont observables, et ils peuvent nous torturer – car je ne possède pas ce que je désire – et donc le mot d’ordre que j’y ai découvert est : « apprenons à nous déprogrammer » du désir.

Le désir est une arme à double tranchants : d’une part il est une force motrice, propre à lancer de grands projets et à nous motiver durablement ; et d’autre part le désir est également à l’origine du plus intime des champs de batailles : moi contre moi, qui je suis aujourd’hui, contre qui j’aimerais être. Et c’est une guerre sans fin et sans merci.

S’il n’est pas accompagné d’un plan d’action réaliste, et de ressources pour le réaliser, le désir tourne au rêve, et enfin au cauchemar !

Alors à travers une pratique quotidienne de la méditation, à travers une étude spirituelle de l’ici et maintenant (voir Eckhart Tolle notamment), vous allez apprendre à accepter la réalité présente, et dans cette acceptation vous embrasserez aussi tout ce qui ne vous convient pas. Le plan est d’accepter aussi l’existence de ce qui ne me convient pas, car c’est la réalité – pétrie de faits et d’observations-, afin de faire éventuellement un plan d’action réaliste, basé sur les faits, pour aller vers une future réalité qui me conviendra.

Dans la pratique de la méditation, j’ai trouvé beaucoup de sérénité. Et j’ai aussi pu apprendre à mieux me connaitre : « Qui suis-je ? » est une question récurrente à cette pratique, car j’apprends à m’accepter comme je suis, avec la petite voix qui tourne dans ma tête, avec mes aspirations, avec mon caractère, avec mes ombres, etc.

Avez-vous aussi envisagé de répondre à cette question :

Qui êtes-vous ?

Dans notre société nous avons de nombreux aphorismes nous enjoignant à rester nous-mêmes, à retrouver nos racines. L’authenticité semble être la qualité ultime. Il est donc de bon ton, de bien se connaître, de mieux en mieux, et finalement d’agir en fonction de qui je suis, authentiquement.

La question

Après ce (long) développement, j’en arrive à la question qui me taraudait. Dans la pratique de la méditation, celle du bouddhisme et du zen, vous apprenez l’impermanence, ce mouvement continu des choses, des émotions et des sensations. L’impermanence c’est le changement continu, perpétuel de tout, à tout instant. La physique moléculaire ne nous dit rien d’autre : les particules d’énergie oscillent et voyagent, sans cesse. La médecine ne nous dit rien d’autre : nos cellules se renouvellent en permanence, notre corps est un univers de cycles et de transmission. L’astronomie ne nous dit rien d’autre : l’univers est en perpétuel mouvement, chaque corps céleste oscille, tout se meut.

L’idée de l’impermanence, plaquée sur ma compréhension de qui je suis, m’amène à cette question :

Est-ce que JE est statique ?

Est-il vraiment raisonnable de se dire que tout, absolument tout change dans notre monde, en permanence, tout évolue, mais que, qui nous sommes, notre identité, notre « moi » serait une chose stable dans le temps ? L' »authenticité », les « racines », « qui je suis vraiment », ce sont des idées. Rien de tout cela n’est statique, ces idées mêmes évoluent.

Personnellement je trouve formidable de considérer la possibilité que je sois en mouvement MOI aussi. Mon « moi » n’existe pas statiquement. Il y a bien une idée de « moi », mais cette idée de « moi » est constituée de croyances, d’histoire, de mémoires, d’un contexte, et tout ceci change en permanence. Alors mon « moi » peut changer aussi.

N’est-ce pas une porte qui s’ouvre ?

 

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