Bonjour,

Aujourd’hui, je prends mon clavier pour écrire mon premier billet d’actualité. Il était temps vu que ce site / blog est aussi prévu pour cela ! Mais il n’est jamais trop tard, n’est-ce pas ?

Je voudrais évoquer la notion de « OKness » telle qu’elle est abordée dans le contexte du coaching CT, ou de la relation d’aide en général. Ayant récemment eu une expérience très intéressante à ce sujet, je vais commencer par décrire mon expérience dans une première partie, puis je décrirais les aspects théoriques et ce que j’ai vécu dans la seconde partie.

La pratique

L’expérience de coaching que je souhaite relater est, comme toute relation de coaching, confidentielle. Je ne vais donc ni citer les noms des personnes impliquées, ni présenter le sujet lui-même. Ce qui nous importe ici, ce sont le processus et mes ressentis en tant que coach.

Le processus

Le coaching prévu était en mode « certification CT », c’est-à-dire un coaching d’environ 20 minutes, avec un jury de trois personnes écoutant le déroulement du coaching et intervenant après la fin du coaching pour creuser la pratique théorique du coach par un cycle de questions-réponses de 10 minutes.

Déroulement

C’est peut-être une évidence, mais je souhaite rappeler que ce paragraphe n’est pas un scripting objectif de ce qui s’est passé. Au contraire, et c’est une nuance importante, je relate ici, après quelques jours de délai, les événements ressentis et dont je me souviens.

Le coaching proprement-dit a débuté par un jeu de questions-réponses ayant pour but de clarifier la réalité du client, son problème, et d’arriver à sa demande.

Très rapidement, je ne me suis pas senti à l’aise dans la description de cette réalité, ni dans les différents paramètres de l’environnement du client. Je ressentais une grande confusion, je ne comprenais pas bien le contexte.

Cependant, le client est parvenu à exprimer une demande, une demande de clarification de ses différentes options, ce qui est très raisonnable pour une durée aussi courte, et ce qui correspond assez bien au ressenti de confusion que j’avais.

Mais ma confusion personnelle était telle que je me suis vu dans un « processus parallèle » que j’ai voulu résoudre, afin de mieux arriver à un contrat de session réaliste. Je n’ai pas entendu la demande raisonnable …

Et le coup de théâtre de cette session fut dans ma façon de résoudre ce processus parallèle : j’ai exprimé oralement que je refusais la demande telle qu’elle était, car trop confuse pour moi. Je n’ai pas réagi avec douceur, gentillesse et empathie, ce qui, pourtant, me caractérise le plus souvent.

Pourquoi ? Nous allons y revenir dans la théorisation.

Mon client a alors fondu en larme, ressentant une grande détresse devant le « mur » que je lui renvoyais. Cela m’a provoqué une – virtuelle mais véritable – « douche froide » ! J’ai entendu le malaise du jury qui semblait vouloir réagir, et je me suis vu alors dans la position où j’étais, je me suis remis en question. J’y reviendrais aussi ci-dessous.

La suite de la séance de coaching fut plus proche de ce qu’elle aurait pu être dès le départ : avec une grande alliance (empathie réciproque, gentillesse mutuelle), nous avons interrompu la discussion, pour souffler, pour laisser vivre cette émotion, et ensuite nous avons repris la séance pour clarifier en quelques minutes un « sous-problème » du problème initial. Ok pour la fin.

Analyse & théorie

Introduction

Dans ce paragraphe, je vais évoquer trois éléments essentiels de la culture CT (Transformance), et il est probablement utile que je les décrive (brièvement) auparavant :

  • Le processus parallèle : il s’agit d’un ensemble de comportements et de réactions émotionnelles (le script du processus parallèle) que le client vit (ailleurs) et qui font partie de son problème, et qu’il amène (ici) en séance de coaching, en redistribuant les rôles du script entre lui et son coach. Nous en avons un exemple dans la séance décrite ci-dessus.
  • L’OKness : il s’agit d’un concept d’analyse transactionnelle, adapté spécifiquement au contexte du coaching par V. Lenhardt dans l’école Transformance. Ce concept est un outil à utiliser en début de coaching, il est constitué d’une checklist à balayer pour vérifier que tout est prêt avant le décollage. En particulier, le coach doit se sentir bien dans sa peau, et bien dans son rôle, le coach doit se sentir serein avec son client, et dans le lieu où se déroule le coaching, la relation ne doit pas être entachée d’un passif. Ensuite, le coach doit être serein par rapport au tarif de sa prestation, et il doit avoir achevé les deux deuils de sa toute-puissance et de son désir de changer l’autre. (tout ceci est dit très rapidement, et j’espère en avoir donné un aperçu suffisant, cf. RPDS de V. Lenhardt).
  • L’alliance est le terme de la culture CT qui recouvre la qualité de la relation humaine établie entre le coach et le coaché. Nous disons que la relation est en alliance lorsque au-delà des masques (conventions sociales), au-delà des protections et des défenses (les « grenouilles »), ce sont les « princes » et les « princesses » qui communiquent entre eux/elles. Le ressort de cette relation est l’effet Pygmalion que le coach va induire en voyant dans le coaché le champion en devenir qu’il est.

Analyse réflexive

J’ai démarré ce coaching dans un état légèrement perturbé ; perturbé par une tension dans mon milieu familial. J’étais énervé en permanence, énervé par mon impuissance à agir pour résoudre cette tension, énervé par mon retard à prendre une décision et à accepter ma responsabilité.

Et j’ai passé outre cet état de perturbation pour de mauvaises raisons : je n’avais pas pris un rôle de coach depuis trop longtemps, et je voulais m’exercer.

Lorsque le coaching a débuté j’ai vite ressenti une confusion, que j’ai interprétée comme un processus parallèle, alors que l’alliance n’était pas encore établie. Je pensais que mon coaché amenait cette confusion et je voulais dénoncer ce processus parallèle afin de clarifier la demande.

Mais une confusion ressentie par le coach n’a pas forcément son origine dans un processus parallèle.

Par exemple, dans mon cas, cette confusion semblait plutôt provenir de mon état émotionnel qui m’empêchait d’être vraiment présent à mon coaché.

Lorsque le coaché m’a renvoyé en miroir la violence comportementale que je lui infligeais, alors j’ai reçu une « douche froide » qui m’a réveillée. Un insight !

Apprentissage :

  • L’état de non-OKness provoque des mauvaises interprétations, et des mauvaises décisions.
  • Sont primordiales en début de coaching : être OK et créer l’alliance !

Cheminement post-séance de coaching

En fait, je me suis rendu compte après coup que ce trauma que j’ai subi a été un déclencheur pour toucher chez moi deux facteurs limitants essentiels pour ma confiance en moi-même, qui sont en terme de l’« Élément humain » de Schutz :

  • Le sentiment d’incompétence : je ne me sentais pas compétent, et ce sentiment était inconditionnel car non circonscrit à une situation particulière, et ou à une période particulière. J’ai ainsi pu rapprocher ce sentiment d’incompétence à plusieurs signaux de mon histoire récente et ancienne : dénigrement de mes travaux de recherche, de la qualité de ma musique, de mes performances en général, et programmation d’un scénario de vie dans lequel, étant incompétent, je devais échouer mes grandes entreprises.
  • Le sentiment de non amabilité : et en plus je ne me sentais pas aimable. Et ce sentiment était également inconditionnel, me faisant remettre en cause toute marque d’affection qui pouvait provenir de mes proches, de mes amis, de mes pairs …Ce sentiment perturbe fortement la qualité d’écoute et d’attention que nous avons en présence des autres, car lorsque l’autre est distant, sec, lunatique, froid, nous aurons toujours tendance à trouver une justification (à la limite de la conscience) à ces comportements dans notre propre non-amabilité.

Ces deux facteurs limitants proviennent tous deux de la petite enfance, de ma relation à mes parents, et j’ai accepté d’ouvrir ce sujet sur mon lieu thérapeutique tout d’abord, puis de m’en ouvrir à ma mère qui m’en a donné un éclairage intéressant pour ma reconstruction.

Pour ma reconstruction, et en m’ouvrant sur ces sentiments que j’avais auprès de mes proches, de mes amis et de mes pairs, j’ai pu constater qu’effectivement ce sentiment d’incompétence était visible (j’avais tendance à dénigrer la qualité de mes travaux), et ce sentiment de non amabilité était également visible (j’avais tendance à ne pas espérer de soutien des autres).

Mais justement j’en parle au passé, car ces deux sentiments, une fois révélés, ont beaucoup moins de nocivité. Je peux les regarder en face, les affronter, et accepter : 1/ d’être compétent, 2/ d’être aimable !

Conclusion

En conclusion, je pense que deux éléments importants ressortent de cette expérience :

  • le travail thérapeutique imposé par notre déontologie de coach est primordial pour soigner nos blessures profondes, et pour retrouver notre OKness
  • l’ouverture (à la Schutz) qui consiste à partager notre vécu et nos états émotionnels, dans les groupes auquel nous appartenons, est également primordiale pour rétablir un regard bienveillant et solide sur nous-mêmes.

Enfin, je souhaite faire un lien vers la démarche que tout coach entreprend : le « devenir coach » est un changement majeur de l’existence, et il s’accompagne d’une étape de déconstruction dont j’ai relaté ici l’un des moments me concernant.

 

 

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