Wow et les équipes performantes

Hier soir mon fils me racontait la vie des jeux en ligne, et en particulier de World of Warcraft. Il me parlait notamment des meilleurs groupes, les meilleurs du monde, ceux qui jouent en raid de 20 joueurs, et qui se classent tout en haut du classement.

Et j’ai redécouvert combien les modèles d’équipes performantes sont justes et pertinents, et combien ces modèles s’instancient naturellement et merveilleusement dans de nouveaux contextes. Pourquoi ? Comment ? De quoi je parle ? C’est la suite de cet article !

Les équipes performantes et WoW

Introduction à la mécanique d’équipe de WoW

Dans World of Warcraft – Wow en abrégé – il y a plusieurs types de personnages, qui n’ont pas les mêmes compétences. Chaque type de personnage, du fait de ses compétences a un rôle très important lors du jeu. Sur lui repose une partie du succès ou de l’échec de chaque partie.

Dans Wow il est possible de mesurer sa progression, individuellement, et en groupe. Certains groupes sont meilleurs que d’autres, il y a toute une échelle permettant de les comparer.

Nous n’avons pas cela dans nos entreprises, car il n’y a pas de mètre-étalon objectif et unique pour la performance des équipes. Indirectement le succès de l’entreprise, sa rentabilité vient sanctionner la performance des équipes, mais ce résultat n’est-il pas noyé dans un faisceau d’autres paramètres ?

 

Imaginons que vous vous intéressiez quelques temps à ce jeu, à cet univers de jeu, vous pourriez découvrir à la fois la possibilité de prendre un rôle, avec des compétences spécifiques, et vous feriez progresser ce personnage, petit à petit, sur l’échelle de ses compétences, et également sur l’échelle de votre maîtrise de ses compétences. Oui, il y a bien deux niveaux de compétences : à personnages équivalents, deux joueurs n’auront pas les mêmes résultats. Et c’est d’ailleurs sur ce principe que repose tout l’intérêt de jeux comme LoL, mais je m’éloigne de mon sujet …

Ensuite, imaginons que vous souhaitiez découvrir toute la panoplie de ce que WoW peut offrir aux joueurs. Alors vous iriez aussi faire des “instances”, des “raids”, et vous rejoindriez peut-être une “guilde”. Tous ces termes entre guillemets, qui sont du vocabulaire du jeu, représentent simplement la possibilité de jouer en groupe, de rejoindre un ensemble de joueurs que vous retrouverez facilement, et avec lesquels vous pourrez plus facilement jouer en groupe.

Un “raid” est le niveau le plus avancé du jeu : il s’agit d’une petite aventure bien délimitée, assez difficile. Un raid se joue forcément en groupe de 10 à 20 personnes (les raids allaient même jusqu’à 40 personnes aux début de WoW, il y a 12 ans). Pour réussir un raid il faut appliquer des stratégies pour chaque boss (oui, oui, il y a aussi des “boss”, qui sont des ennemis super balaises avec lesquels on évite de plaisanter).

Les raids eux-mêmes ont plusieurs niveaux de difficulté, ce qui créent une sorte d’échelle naturelle des groupes et des guildes qui ont montré pouvoir défaire le raid jusqu’à tel niveau.

Les non-équipes

En essayant les raids, si vous êtes débutant, vous risquez d’être vite déroutés, voire démoralisés. Si vous n’avez pas encore de guilde, si vous n’êtes pas encore au complet dans un groupe prêt à partir à l’aventure, vous serez associés à quelques personnes aléatoirement, personnes qui n’ont généralement pas les mêmes ambitions que vous : il y a les joueurs qui ont 10 minutes, ceux qui se déconnecteront sans que vous sachiez pourquoi, ceux qui n’ont prévu que de faire la première étape, ceux qui ne connaissent pas la stratégie, et ceux qui ne connaissent pas les compétences et les responsabilités de leur propre personnage. Il est probable d’ailleurs qu’après quelques essais de ce type vous abandonniez les “raids”, car l’esprit du jeu aléatoire est assez difficile à supporter.

Les équipes efficaces

Mais imaginons maintenant que vous soyiez introduits, dans un cercle fermé de joueurs expérimentés, motivés, ambitieux, et mobilisés. Vous allez vivre alors une autre expérience : chaque joueur connait bien son rôle, il apprend les stratégies, il est présent pour un temps déterminé à l’avance, et tout le monde est au rdv à l’heure dite. Un leader (ou deux) sont là pour animer la sortie “raid”, et il y a des chances pour que cette organisation vous amène jusqu’au succès. Bien entendu les premiers groupes auxquels vous participerez auront une organisation très militaire : il faut suivre le plan, s’y tenir à la lettre, et il faut bien écouter le chef, et faire tout ce qu’il dit. Chacun est responsable d’un ensemble précis d’action, tout est sous la responsabilité du chef.

Ce type d’organisation est efficace. Suffisamment efficace pour réussir à passer les premières étapes des raids.

Les meilleures équipes du monde

Et maintenant revenons-en à ma discussion intéressante d’hier soir avec mon fils : mon fils me racontait comment fonctionnaient les meilleurs groupes du monde. Car vous pouvez savoir comment ils fonctionnent en suivant leurs chaines de streaming. Dans les meilleurs groupes du monde vous trouvez des joueurs brillants, qui connaissent sur le bout des doigts toutes les stratégies, qui savent utiliser très rapidement et très efficacement toutes les compétences de leur personnage, et qui connaissent les compétences des autres membres de leur équipe. Le leader est actif, rapide, performant, et il est capable de dire à chacun quoi faire en permanence. Le leader connait les compétences de tout le monde sur le bout de doigts, et il suit de très près tout ce qui se passe. L’équipe est performante, les membres sont tous hyper compétents, le chef est le meilleur d’entre eux, il connait toutes les compétences.

Et l’équipe championne

Maintenant allons voir en haut de la pyramide, là où l’air se raréfie encore, la où isolés, les leaders culminent. Vous trouvez à ces hauteurs une guilde, appelée Method, et vous pouvez également suivre leur streaming. Lorsqu’ils ont commencé à publier leurs vidéos, tous les autres joueurs étaient assez étonnés : ne vont-ils pas diffuser des informations capitales concernant leurs stratégies, leurs méthodes, le secret de leur succès ?

Dans ce groupe, vous pouvez observer les joueurs actifs, rapides, compétents. Chacun connaissant manifestement ses compétences sur le bout des doigts, comme pour les autres meilleurs groupes du monde. Vous pourriez avoir l’impression qu’il n’y a pas de différence dans le jeu, dans les compétences, ni dans la rapidité des actions des joueurs. Et c’est vrai au premier abord. Mais ensuite l’évidence va brusquement vous bousculer  : le silence assourdissant du leader.

Non le leader n’a rien à dire, ou presque rien. Chacun pourrait lui même être un leader, chacun connait parfaitement le jeu, les stratégies, les compétences de tous les autres, il n’est plus nécessaire de faire s’exprimer un leader actif contrôlant tous les mouvements des autres.

La meilleure équipe du monde joue sans lead actif. Le sens est connu, la stratégie est connue, les compétences sont connues. Même les stratégies de secours sont connues. Le lead n’intervient qu’en cas d’événement nouveau imprévu. Sinon chacun est hyper efficace avec les autres, sans besoin d’un lead. Voilà le secret pas-si-bien gardé de la performance ultime : l’alignement personnel sur l’objectif du groupe. Chacun ne joue plus pour lui mais pour le groupe, et chacun est en inter-relation permanente avec tous les autres. Quelle leçon !

J’ai adoré que mon fils me décrive ces comportements en groupe, car j’y ai retrouvé à la fois mes expériences professionnelles et les modèles théoriques de compétence des équipes.

La performance professionnelle

Est-ce que comme moi vous participez à des projets, à des organisations, ou accompagnez les projets et les organisations ? Ne trouvez-vous pas que nous retrouvons dans les mécaniques de cet univers ludique les mécaniques et modèles des équipes performantes ?

Voyons les différents types d’équipes que j’ai décrit : vous avez d’abord les équipes non performantes, constituées rapidement, non stabilisées. Ses membres vont et viennent et nombre d’entre eux ont un objectif différent de celui de l’équipe, de l’entreprise ou du groupe. Il y a des mercenaires, il y a des problèmes de communication, des problèmes de motivation et d’engagement, et quoi qu’il se passe, des problèmes surgissent sans cesse.

Vous avez ensuite les équipes performantes centrées sur un chef expert hyper-actif qui peut débloquer toutes les situations et qui comprend ce que fait chaque membre de son équipe. C’est le manager expert, très communiquant et qui pourrait prendre la place de chaque membre de son équipe. D’ailleurs il ne manquera pas de le faire pour faire avancer les sujets. Le leader tire l’objectif, il l’incarne, et il peut résoudre toutes les problématiques à partir de sa position de leader.

Et au-delà de l’équipe centrée sur son chef hyper compétent, vous avez l’équipe autonome, dans laquelle chaque membre incarne l’objectif commun et les moyens de l’atteindre. Tous sont engagés et orientés vers cet objectif commun, et le leader peut s’effacer ou agir ailleurs. Si un problème survient, les membre, entre eux, vont le résoudre.

Conclusion

Cet article n’était pas pour moi le lieu de décrire les modèles de performances des équipes, mais plutôt d’illustrer par cette étude de cas, comment ces modèles s’instancient aussi dans les domaines ludiques. Les mécaniques qui naturellement classent les équipes du jeu WoW sont les mêmes que les mécaniques qui rendent nos équipes plus ou moins performantes.

N’est-ce pas un beau sujet de réflexion pour nos accompagnements en coaching agile, coaching d’équipe, et coaching d’organisation ?

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